Rafael Quintero

Rafael Quintero

autobiographie extraite de son livre « En cantos y en cuentos »

 

Zoila Encarnacón de Jesús et Vicente Armando Quintero était ravis ce dimanche 11 novembre 1956 : leur cinquième rejeton était né. Zoila et Vicente aimaient la musique par dessus tout, ils transmirent cet amour à chacun de leurs enfants, comme une condition sine-qua-non de leur héritage et de leur lignée.

Luis, l’ainé, apprit à jouer du cuatro, et l’enseigna à Nené et Ricardo, lesquels, déjà absorbés par la musique, apprirent d’autres instruments, comme les nombreux types de tambours et différentes cordes, comme la basse, le tres et la guitare.

Chú, pour ne pas être de reste, apprit à jouer les mêmes instruments.

Rosalía, la petite sœur violoncelliste, chantait avec Rafael dans le groupe « Les enfants de Zoila », et ils se retrouvèrent également dans le groupe Madera.

Rafael, dès l’âge de quatre ans, se lia d’amitié avec le chant, entouré de cette atmosphère familiale totalement musicale. Il eut une période rock, de 12 à 14 ans, quand son frère Chú et sa coupe afro chantait avec « El Coloso de Rodas ».

Rafael, une fois le bac en poche, rentre à l’Universidad Central de Venezuela pour y étudier les sciences. Sa consigne, étudier et lutter. Il mêle les études à la politique, et s’engage pour des idéaux d’égalité et de justice. Il opte pour la chimie en espérant changer le plomb en or, mais la vie lui enseigne qu’il faut être nombreux pour vouloir transformer les éléments. Pour changer la société, il devient militant de la Ligue Socialiste.

En août 1980, la tragédie survenue sur l’Orénoque, où perdent la vie 11 membres du Groupe Madera, dont ses deux frères Ricardo et Chú, amène Rafael à reprendre le chemin des arts. Il travaille pendant 18 ans comme président de la Fundación Grupo Madera, également auteur, compositeur et interprète, afin de perpétrer l’œuvre de ses frères et de ses amis disparus.

L’expérience du Groupe Madera offre à Rafael l’occasion de nouvelles expériences musicales, et la possibilité de démontrer ses talents d’auteur, notamment au chanteur Argenis Carullo qui enregistre sa chanson « Huele a Durazno », qui devient un succès régional, dont on se souvient encore dans le Zulia (NB Région de Maracaïbo); et à la chanteuse La India de New York, sa chanson « Burlada Inocencia » qui fait toujours pleurer petits et grands.

En 1998, le Venezuela et sa « Quatrième République » est dans une situation socio-économique difficile. Il s’installe en France et initie un long travail de filiation avec différents groupes de salsa de la région méditerrannéenne : Zumbao, Tumbaíto, La Bomba, Kanavayen, La República Democrática del Mambo, Diabloson, Salsafon, La Timba Loca, Strombolli, Son de Caracas, Okilonko, La Mecanica, Huracan, Calle Caliente.En plus de ses chansons, il écrit une ode à la mémoire de son quartier, sous forme d’une chronique, primée en 2003 et publiée en 2004, à nouveau primée en 2007 (mention spéciale Chronologie) : « Vivre à Marin » (titre original « Vivir en Marin ») . Il produit également des contes et des poèmes, inédits mais partiellement diffusés sur internet.

Rafael mène de front non seulement la composition et les concerts, mais aussi la formation à un instrument novateur : le Bao-Pao. Destiné à rendre la musique accessible à tous, y compris aux personnes atteintes de handicap désirant accéder à l’interprétation musicale, l’instrument et son formateur rendent cela possible. Appelé à monter sur scène avec Diabloson, Salsafon, K'aliche, La Espectacular, Clave 12, Soneros del Caribe, La Republica Democratica del Mambo, Candela Negra, La Puntualidad, il chante, tout en continuant son travail d’écriture, de chansons, de contes et de poèmes, dans le train, le bus ou l’avion, et tout cela en étant père de famille et époux bien-aimé…

Rafael retourne au Venezuela en 2023 pour y être soigné d’une maladie grave.

Malgré cela, il voyage en France en 2024 pour y recevoir la médaille du mérite, remise par l’État français aux latinos ayant réalisé un travail remarquable pour la diffusion de leur culture latinoaméricaine dans l’Hexagone.

Il co-écrit le nouvel hymne de Caracas avec Noel Marquez et Manuel Barrios, et reçoit également un prix pour cela.

Il continue de réaliser l’émission de webradio franco-vénézuélienne « Le temps des cerises », l’émission « El tiempo de las cerezas » pour la Unidad de Batalla Permanente William Lucena, et l’émission-publication « Desde el Barrio ».

Jusqu’à son dernier jour, Rafael Quintero a toujours été militant et créateur d’idées, dictant depuis son lit d’hôpital la ligne politico-culturelle à suivre, entouré de ses amis et de sa famille.

Nicolas Maduro, Président du Venezuela, déclara peu après sa mort :

« Ha cambiado de paisaje quien fue mi jefe cuando yo tenía 16 años, y fue uno de mis maestros de lo cotidiano y de las cosas profundas, Rafael Quintero, de los Quintero de Marín.

Lo conocí como Vicente, por allá en el año 78, y siempre fue uno solo, con su misma alegría para vivir, su fuerza espiritual y moral. Él me llevó a conocer su barrio, Marín, San Agustín, ‘El Afinque de Marín’, con sus tambores, ritmos y clave, y al inolvidable Grupo Madera. »

«Celui qui fut mon instructeur quand j'avais l'âge de 16 ans, et m'a enseigné les choses du quotidien et les valeurs profondes, Rafael Quintero, de la famille Quintero de Marín, nous a quitté. Je l'avais connu sous le nom de Vicente, en 1978 ; il a toujours été le même, avec sa même joie de vivre, sa force spirituelle et morale. Il m'avait fait connaître son quartier, Marín, San Agustín, ses tambours, ses rythmes, et l'inoubliable Grupo Madera. »

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